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Plan de formation 2014 : faire “autant avec moins”, ou “plus avec autant” ?

La saison de préparation du plan de formation est revenue. Il est encore trop tôt pour dégager les grandes tendances, mais une certitude s’affiche d’ores et déjà : les budgets resteront… contraints. Avec une obligation d’optimiser ces fonds et d’intégrer le retour sur investissement dans les projets. Témoignages.

D’après le planning de l’élaboration du plan de formation 2014, à la mi-octobre, la plupart des entreprises devraient avoir bouclé la deuxième consultation des représentants des salariés. Celle consacrée au bilan de l’exécution de l’année précédente et de l’année en cours.

Premières requêtes

La première consultation, qui a eu lieu en septembre au plus tard, a fait l’objet de délibération et d’avis des représentants sur les orientations générales de la formation dans l’entreprise. “À cette période de l’année, les plans ne sont pas encore totalement finalisés. La délibération et les avis des représentants de salariés sur le projet de plan pour l’année prochaine n’auront lieu que vers la fin de l’année”, précise Jérôme Lesage, PDG de Place de la formation, société spécialisée dans l’externalisation de la formation professionnelle pour plus de 400 entreprises. Globalement, “les demandes seront les mêmes que les années précédentes”, analyse- t-il. En effet, selon le baromètre annuel réalisé par cet organisme, en 2012, les cinq domaines de formation La saison de préparation du plan de formation est revenue. Il est encore trop tôt pour dégager les grandes tendances, mais une certitude s’affiche d’ores et déjà : les budgets resteront… contraints. Avec une obligation d’optimiser ces fonds et d’intégrer le retour sur investissement dans les projets. Témoignages. les plus demandés (regroupant 69 % des requêtes) sont les langues (31 %), la bureautique et l’informatique (11 %, comprenant les logiciels Microsoft, les bases de données, Linux, Java, la mise en réseau, etc.), le développement personnel (11 % également, avec la communication orale, l’“efficacité personnelle”, la gestion de carrière, celle du stress et celle du temps), la sécurité (8 %, comprenant les premiers secours, etc.), et enfin le “management des hommes” (7 % : management opérationnel, leadership, etc.).
“L’élaboration du plan de formation repose à la fois sur les projets de l’entreprise, sa stratégie de développement et l’évolution de ses métiers. Compte tenu de la spécificité des nôtres, les grandes orientations de notre plan de formation sont la sécurité et le développement des techniques métiers sur la voie, la caténaire, la signalisation et la conduite de projets”, indique Martine Serres, responsable formation chez Colas Rail, qui a pratiquement terminé l’élaboration du plan de formation de la filiale du groupe de travaux publics Colas, appartenant lui-même au groupe Bouygues, et qui emploie près de 4 000 personnes. À ces formations s’ajoutent celles réglementaires et obligatoires, ainsi que les actions visant à améliorer les compétences managériales de l’encadrement de proximité (chefs d’équipe, conducteurs de travaux, etc.).

La lutte contre l’illettrisme au nombre des priorités

Chez Saint Gobain Glass France, l’entité du groupe français spécialisée dans la fabrication des glaces et vitrages, la sécurité et les préoccupations environnementales constituent les priorités en matière de formation. “Il n’y a pas d’orientations générales imposées par la direction du groupe. Chacune des entités élabore ses propres priorités en matière de développement des compétences de ses collaborateurs”, explique Catherine Ducastel-Fredet, responsable formation. Nous gérons le plan de trois sociétés, pour un effectif d’environ 450 collaborateurs, majoritairement des cadres fonctionnels.”
Pour nombre d’entreprises, “la lutte contre l’illettrisme constitue une des grandes orientations de la politique de formation”, note Gaëtan Le Manchec, nouveau délégué général du Garf (Groupement des acteurs et responsables de formation). En effet, confirme Sandrine Fleury, directrice réseau au Forco, l’Opca du commerce et de la distribution, “certaines entreprises du commerce et de la distribution, notamment les grands groupes, mènent des réflexions sur des actions en lien avec le socle des connaissances ou des compétences de base, voire l’illettrisme des bas niveaux de qualification”. Elle est en charge de l’animation des 10 délégations régionales ou interrégionales de l’Opca, du développement de l’offre de services et de la cohérence des actions conduites en faveur des entreprises.

Peu de visibilité, mais les budgets seront maintenus

Selon ces interlocuteurs, l’imminence d’une réforme n’offre pas aux chefs d’entreprise ou aux personnes en charge de la formation une visibilité suffisante sur ce qui doit ou non être mis en place. Bien que le secteur du commerce-distribution soit moins touché que d’autres par les difficultés économiques, la vigilance est de mise. Ainsi, selon Sandrine Fleury, “les plans de formation des entreprises sont davantage orientés vers des actions en lien avec leurs activités que sur le développement de l’employabilité des salariés vers d’autres secteurs. Il s’agit donc de privilégier les actions qualifiantes courtes, plutôt que les parcours très longs”. C’est d’ailleurs pourquoi le Forco “propose aux TPE et PME des diagnostics et accompagnements RH leur permettant de faire le lien entre les mutations sectorielles et économiques et la nécessité d’adapter ou réorienter leurs plans de formation”. Les responsables formation l’assurent : globalement, il n’y aura pas de baisse des budgets. Pourquoi une telle bonne nouvelle ? Parce que, explique Jérôme Lesage, “on observe des signes de reprise, psychologiquement on se dit que les choses vont être « moins pires », et que, sûrement, les budgets seront maintenus”. Ce que confirme Martine Serres. “Malgré la situation économique difficile, le budget formation de Colas Rail reste stable : 4,7 % de la masse salariale.”

“Mieux acheter, mieux administrer”

De même que sa consoeur, Catherine Ducastel-Fredet note une stabilité des budgets alloués à la formation chez Saint Gobain Glass France. Ils sont compris entre 4 et 5 % de la masse salariale, selon les sociétés. “Même si leurs budgets restent stables, nombre de responsables formation se demandent comment faire autant avec moins ou plus avec autant”, relève Jérôme Lesage. En effet, les deux responsables formation reconnaissent avoir “une obligation d’optimiser ces fonds et d’intégrer le retour sur investissement dans nos considérations”. Dans cette optique, l’activité vitrage de Saint Gobain recourt, par exemple, notamment à des engagements de développement de l’emploi et des compétences (Edec), ces actions qui visent à anticiper les mutations économiques, sociales et démographiques en réalisant des actions concertées dans les territoires pour permettre aux actifs occupés de faire face aux évolutions de l’emploi. L’année dernière, certaines entités ont mis à profit les périodes de chômage partiel pour former de nombreux collaborateurs.
Les responsables formation vont devoir “mettre en oeuvre de manière de plus en plus accélérée, des systèmes leur permettant à la fois de mieux acheter, mieux administrer leur politique de formation, et mieux partager les informations avec les salariés, les Opca ainsi que les prestataires de formation internes ou externes”, soutient Jérôme Lesage. Il affirme observer “un vrai mouvement de besoins qui renforce les demandes d’externalisation de la formation, et au-delà de moyens permettant de fluidifier la mise en oeuvre de la formation”.

La réforme en préparation

Mais les éventuelles modifications issues de la réforme en préparation, notamment l’arrivée − imminente ? − du compte personnel de formation (CPF), sans doute en lieu et place du Dif, constituent des points de préoccupation dans l’élaboration des plans de formation à venir. La simple évocation d’une possible défiscalisation de l’obligation légale est, par exemple, préoccupante pour les entreprises. Le fait de basculer d’une obligation de dépenser à une obligation de former influerait forcément sur les orientations des politiques de formation. La préparation de la nouvelle réforme de la formation pourrait donc retarder la définition des plans pour l’année à venir.
Pour l’heure, chez Catherine Ducastel- Fredet, “nous continuons à encourager les salariés à prendre leur Dif ”. Elle pense que cette réforme “rendra sûrement plus simple la gestion de ces dispositifs”. Pourquoi ne pas l’espérer ?

Par Knock Billy - Le Quotidien de la formation du 16 octobre 2013

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